MITROVICA, Kosovo - Des milliers de Serbes ont défilé dans leur bastion de Mitrovica lundi, réclamant le soutien de Belgrade et Moscou, au lendemain de la proclamation d'indépendance de l'ex-province séparatiste du sud de la Serbie. Les Etats-Unis ont été le premier grand pays à reconnaître officiellement la souveraineté du territoire albanophone.
"Les Kosovars sont désormais indépendants", a déclaré le président américain George W. Bush, avant la publication d'un communiqué de Washington qualifiant le Kosovo d'"Etat souverain et indépendant". L'Afghanistan et la Turquie ont fait de même. Les dirigeants kosovars avaient envoyé une lettre de demande de reconnaissance à 192 pays.
Nicolas Sarkozy a reconnu officiellement lundi, au nom de la France, l'indépendance du Kosovo, dans une lettre adressée au président kosovar Fatmir Sedjiu. L'Allemagne et le Royaume-Uni ont promis de reconnaître rapidement le Kosovo, l'Autriche, l'Italie et la Pologne également.
En revanche, plusieurs autres pays de l'Union européenne emmenés par l'Espagne et souvent confrontés à des mouvements indépendantistes sur leur propre territoire s'y refusent toujours, redoutant d'établir un dangereux précédent. Le président roumain a ainsi qualifié la sécession "d'illégale", la Grèce, la Roumanie et Chypre excluant également de l'avaliser.
Dans les rues de Mitrovica, dans le nord du Kosovo, quelque 5.000 Serbes ont marché en hurlant "A bas l'Amérique", en brandissant des affiches aux couleurs du drapeau américain barré de croix gammées, ou appelant "La Russie à l'aide" sur des banderoles.
Ils demandent le rattachement à la Serbie de la partie nord de la ville de 100.000 habitants, où les deux communautés, serbe et albanophone, sont séparées par le pont sur l'Ibar. Belgrade leur a assuré qu'ils resteraient serbes.
"Les Russes arrivent. Tant qu'il y aura la Russie et la Serbie, il n'y aura pas de Kosovo indépendant", a lancé à la foule Marko Jaksic, chef radical des Serbes kosovars. La foule a entonné des chants nationalistes et s'est engagée sur le pont, mais les soldats de l'OTAN (la KFOR) l'ont retenue.
A Gracanica, près de Pristina, environ 800 Serbes se sont rassemblés dans l'église orthodoxe. La plupart sont en effet chrétiens orthodoxes, alors que les Albanophones, qui représentent 90% des 2 millions d'habitants, sont majoritairement musulmans.
Les manifestants ont eux aussi appelé Moscou à la rescousse, certains embrassant des drapeaux serbes rouge, bleu et blanc. "Cette déclaration (d'indépendance) n'a aucun sens. C'est l'Amérique qui construit un Etat musulman ici. J'ai l'impression qu'on est entré chez moi et qu'on m'a dévalisé", expliquait Dragan, 40 ans.
La tension était très vive dans toutes les zones à majorité serbe, qui représentent 15% du territoire kosovar. Dans la matinée, un véhicule de l'ONU a été détruit par une explosion dans un village à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Mitrovica, selon la police. C'était la deuxième déflagration dans une zone serbe depuis la proclamation d'indépendance de dimanche.
Une troisième explosion a retenti dans la soirée près des bureaux de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et d'un commissariat de police, endommageant plusieurs voitures, selon la police.
La KFOR et des policiers kosovars patrouillaient dans les rues pour prévenir d'éventuelles violences. Mais plusieurs des 320 policiers serbes de la force kosovare pluriethnique se sont placés sous l'autorité de Belgrade lundi, selon un haut responsable serbe de la police locale ayant requis l'anonymat. A Pristina, promue capitale du Kosovo, un porte-parole de la police a démenti toute désertion à Mitrovica.
Sans surprise, Belgrade et Moscou ont réagi avec colère à la sécession du Kosovo, après avoir multiplié les avertissements toutes ces dernières semaines contre ce qu'ils considèrent comme une violation du droit international sur l'intégrité territoriale des pays.
La Serbie a inculpé lundi les dirigeants du Kosovo pour avoir créé un "faux Etat", accusant le président Fatmir Sejdiu, le Premier ministre Hashim Thaci et le président du Parlement Jakup Krasniqi d'"acte criminel grave contre l'ordre constitutionnel et la sécurité de la Serbie". Inculpation symbolique puisque le Kosovo ne relève plus de la juridiction de la Serbie, administré par l'ONU depuis 1999.
Les parlementaires serbes se sont réunis dans la journée et ils ont rejeté la proclamation d'indépendance, jugée "illégale".
La Serbie a aussi rappelé son ambassadeur aux Etats-Unis en raison de la reconnaissance de l'indépendance du Kosovo par l'administration Bush, a annoncé lundi le Premier ministre serbe Vojislav Kostunica. Un peu plus tard, le ministère des Affaires étrangères a fait savoir que les ambassadeurs en France et en Turquie avaient aussi été rappelés dans leur pays, après avoir reconnu officiellement le Kosovo. Ils ont été rappelés pour "consultation jusqu'à nouvel ordre", selon le communiqué du ministère.
La Serbie a juré de bloquer toute tentative du Kosovo d'intégrer les rangs d'institutions internationales comme l'ONU, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et le Conseil de l'Europe.
De son côté, le Kremlin réaffirmait que la sécession du Kosovo l'encourageait à revoir ses relations avec les territoires séparatistes de l'Ex-Union soviétique. La Russie soutient en effet les indépendantistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, en Géorgie. AP

Copyright © 2008 Yahoo! Tous droits réservés.